L’Alliance populaire de Cambadelis : solution ou dissolution ?

Face à la réduction de la base électorale du PS entraînée par les défaites aux élections intermédiaires (municipales, européennes, départementales et regionales), elles-mêmes provoquées par le mécontentement face à la politique du gouvernement, Jean-Christophe Cambadelis croit avoir une réponse : l’Alliance populaire. Il commençait à en parler depuis mai 2015. Voilà comment il a présenté la chose en décembre dernier :

J’appelle le Parti socialiste à la rupture avec le parti qui a été constitué à Epinay (en 1971-NDLR), à la rupture avec la stratégie que nous avons développée depuis cette époque.
[…]
Cet appel […] naîtra début février. Il sera décliné dans toute la France où se constitueront des collectifs départementaux, des collectifs régionaux.
[…]
Et nous organiserons à l’automne 2016 une grande convention de l’Alliance populaire. Celle-ci aura vocation à fixer une base […] qui sera celle de […] la substitution au Parti socialiste d’une formation politique rassemblant tous ceux qui ont participé à l’Alliance populaire.

Voilà comment le premier secrétaire du PS voit cette structure basée sur le postulat que le parti refondé au congrès d’Epinay est mort, et que les alliances qu’il a faites par le passé ne sont plus pertinentes. C’est oublier, ou faire semblant d’oublier, que la question des alliances électorales n’est pas détachable de celles des programmes et des politiques menées au gouvernement. C’est ce que les responsables de la motion B ont rappelé en citant l’exemple du débat sur la déchéance de nationalité, qui divise la gauche et le PS.

Et ce n’était que le début du rappel au réel. Le MdP des amis de Robert Hue n’a pas caché son scepticisme sur le projet, et le MRC pense à présenter un candidat à la présidentielle de 2017. Quant au PG, par la voix de Martine Billard, il a fait savoir qu’aucune alliance n’était possible sur la base de la politique actuelle du gouvernement. Et EELV n’a pas vraiment tranché sur sa propre ligne concernant ses relations avec le PS et le reste de la gauche. Bref, le projet de Cambadelis est plutôt mal engagé. Trop d’ambiguïté sur les alliés  (à gauche ou au centre droit dégoûté par la dérive de LR ?) et sur la politique à mener au pouvoir  (est-ce qu’on poursuit ou pas sur la ligne Valls-Macron ? ). Et certaines mauvaises langues n’hésitent pas à rappeler que l’Alliance populaire était, de l’autre côté des Pyrénées, l’ancien nom du Parti Populaire, qui rassemble toutes les tendances de la droite espagnole (démocrates-chrétiens, libéraux,  conservateurs, post-franquistes…) à l’exception des régionalistes.

Cambadelis persiste à rester dans l’ambiguïté. En tout cas pour la primaire des gauches et de l’écologie. Lors du Conseil National du PS, le 6 février, il a renvoyé la décision finale à la prochaine réunion. Mais il a accepté l’amendement de la motion D sur « la création d’une commission nationale d’organisation de la primaire de la gauche et de préparation de la présidentielle« . En plus des débats sur les primaires et la déchéance de nationalité, il y a eu l’adoption d’une feuille de route qui prévoit la mise en place en mars de l’Alliance populaire. Mais le document s’abstient sur la définition d’un programme pour 2017. Cambadelis s’est justifié de la manière suivante :

Notre parti n’a aucun intérêt à rejouer la pièce des élections précédentes, où le temps passé à discuter et à se disputer pour élaborer un programme est inversement proportionnel au temps que le candidat passe à le lire et à le reproduire.

😮😮😮😨😨😨

Non, ce n’est pas Le Gorafi. Vous ne rêvez pas.

Cambadelis admet que le candidat (ou la candidate) du PS à la présidence n’est pas obligé de suivre le programme du parti qui l’a investi, et peut faire ce qu’il veut sans rendre de comptes. Si on pousse plus loin le raisonnement, Cambadelis avoue que la préparation d’un programme ne sert à rien puisqu’il ne sera pas appliqué ! Cela revient à donner raison à Pasqua et Chirac quand ils disaient que les promesses n’engageaient que ceux qui les écoutaient et y croyaient. Qu’on ne s’étonne pas après si les électeurs tombent dans le cynisme et la défiance à l’endroit de la politique et de ceux qui la font…

L’aveu, volontaire ou non, de Cambadelis montre que l’Alliance populaire est juste une machine électorale qui vise à sauver un président dont le bilan n’est pas très glorieux pour l’instant. Ce n’est pas la solution aux problèmes de la gauche, à savoir faire entendre ses idées face à  la droite et renouer avec les milieux populaires sans lesquels elle ne peut gagner. L’Alliance populaire, c’est la dissolution du premier parti de la gauche dans un gloubiboulga centriste qui n’a pas d’autre ligne que de soutenir des politiques inefficaces qui ouvrent non pas un boulevard, mais une autoroute au FN…

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