Jaurès, la République et le socialisme

Le 29 février à l’Assemblée nationale, dans le cadre des formations de la motion B, Rémi Lefebvre (qui est aussi mandataire de la motion B dans le Nord) fait une communication très intéressante sur Jean Jaurès et son rapport à la République et au socialisme.

image
L'assistance très studieuse

Juste avant son intervention, j’ai fait une introduction de 5 minutes sur la nécessité sa présence. Les événements des dernieres annees et des derniers mois ont sérieusement remis en question l’engagement de beaucoup de militants. La politique du gouvernement, les attentats de 2015 (qui ont débouché sur l’état d’urgence), le fonctionnement et le rôle du PS (le congrès de Poitiers a-t-il apporté une réponse ? ), les échecs électoraux, ou bien la construction européenne ont constitué de sérieux motifs d’interrogation. Certains, qu’ils soient élus ou simples militants, ont tiré comme conclusion qu’il fallait quitter le PS.

Personnellement, il y a eu des actions, des déclarations, qui m’ont sérieusement interpellé, voire choqué, en tant que militant. Ces paroles et ces actes posent la question de l’écart entre l’idéal et le possible dans l’action politique.

Toute sa vie, Jean Jaurès s’est posé cette question. Dans son engagement, la République et le socialisme sont étroitement liés.  C’est après avoir été élu député républicain en 1885 que Jaurès est devenu socialiste. Et c’est parce qu’il considérait que la République était le meilleur cadre pour le socialisme qu’il est resté républicain. Il est bon de rappeler cette synthèse entre l’aspiration révolutionnaire socialiste et la tradition républicaine. Surtout quand le Premier ministre actuel est un homme qui, tout en se réclamant de Clemenceau, a proposé à de nombreuses reprises (en 2009 et en 2014 par exemple) que le PS change de nom parce que le socialisme est un mot du XIXe siècle…

J’ai terminé en rappelant que pour beaucoup de gens, le clivage gauche-droite était au mieux une abstraction, au pire une illusion, et que l’extrême droite, les soraliens et les lepenistes en particulier, profitaient de cette confusion pour avancer leurs pions, plus ou moins masqués.

Résumer la riche contribution de Rémi Lefebvre serait impossible. Je me limiterai à citer les points qui ont le plus attiré mon attention :
– le soucis de l’humanisme. Jaurès n’a jamais séparé l’humanisme. S’il reprend à son compte la critique du capitalisme par le socialisme, c’est parce qu’il est convaincu de la nature anti-humaniste du système capitaliste. Et c’est parce qu’il a été progressivement convaincu que les droits du capitaine Dreyfus en tant qu’être humain (avoir droit à un procès régulier) ont été bafoués qu’il devient dreyfusard ;
– l’appropriation particulière du marxisme. Grâce à Eduard Bernstein, Jaurès a pu des textes de Marx qui étaient inédits en France à la fin du XIXe siècle. Si Jaurès considère comme pertinents les concepts de lutte des classes (dédicace à Fleur Pellerin et Jérôme Cahuzac…) et de valeur ajoutée, il est, contrairement à Marx, partisan du gradualisme. Et sur la question des élections, Jaurès les voient comme un moyen de la conquête du pouvoir, alors que Marx les voient dans le meilleur des cas comme un outil de propagande pour les socialistes, au pire comme le paravent de la démocratie formelle. Les guédistes et aujourd’hui une partie des trotskystes  (LO surtout) sont sur la même ligne que Marx ;
– la question de l’internationalisme et du pacifisme. Malgré, ou à cause de son pacifisme, Jaurès s’est beaucoup intéressé aux questions militaires. Dans L’Armée nouvelle (1910), il défendait l’idée d’une armée non professionnelle, composée de milices ouvrières avec des officiers élus, pour éviter que l’armée soit une caste coupée de la société. Et malgré ou à cause de l’internationalisme, Jaurès a toujours été attachés aux idées de patrie et de nation. L’idee de nation a tout au long du XIXe siècle une idée de gauche, et  l’extrême droite se l’est progressivement appropriée à partir de la fin du XIXe siècle. Je ne prends pas de risque en disant que sa vision des choses n’a rien à voir avec celle des lepenistes et soraliens…

Pour ceux qui voudraient lire une bonne biographie de Jaurès, Rémi Lefebvre recommande le livre de Gilles Candar et Vincent Duclert, le meilleur existant.

image
La bio ultime...

image

Publicités

Les Simpson, ces cinéphiles

Un échantillon des références cinéphiliques de la célèbre famille…

Le FN, « premier parti de France » ?

Le FN est-il vraiment le premier parti chez les ouvriers et les jeunes ? A t-il atteint un plafond ? Est-il aux portes du pouvoir ? Mediapart fait du fact checking sur le sujet.

Avec Yves Montand, positive la crise !

image
Le supplément de Libération

Il y a 8 ans, j’avais rédigé un mémoire en histoire sur cette émission diffusée le 22 février 1984 sur Antenne 2.
https://drive.google.com/file/d/0BxRM9MB3qjAvaXlKdjh0QmNBUmc/view?usp=docslist_api

Jamais en France une émission de télévision n’a eu une telle influence aussi longtemps après sa diffusion. Éloge sans nuances de la libre entreprise et du marché sans entraves, dénigrement systématique de l’action socio-économique de l’État, pédagogie de la soumission à la loi du marché à destination des salariés qui seraient tentés de défendre leurs droits, conversion d’une partie de la gauche aux idées néo libérales… 32 ans après,  ces idées là sont encore dominantes dans les médias et la classe politique. Pour de magnifiques résultats, dont la liste est (beaucoup trop) longue…

Pour celles et ceux qui ne liront pas (pour X raisons) les quelques 300 pages de ce mémoire, il y a plein d’articles ou de billets de blog sur le sujet. Entre Regards, Slate, Télérama, le Blog de Nico ou celui de Sylvain Rakotoarison, il y a de quoi se faire une idée de ce qu’était l’émission pour ceux qui ne l’ont pas vu ou en ont un vague souvenir. On peut aussi écouter l’émission de Là-bas si j’y suis sur le sujet en complément.

Il est intéressant de lire ce que Philippe de Villiers écrit sur son passage dans Vive la Crise ! (extraits ici). Il présente les créateurs de l’émission comme les promoteurs d’un « évangile européiste et mondialiste« . Il oublie de dire que feu Michel Albert (qui a eu l’idée de le recruter) ne lui avait pas collé un pistolet sur la tempe pour avoir sa participation. S’il a participé volontairement, c’est parce qu’il croyait au moins en partie au message de l’émission, la défense de la libre entreprise, entre autres. Le vicomte ne veut pas admettre qu’il a ce point commun avec les européistes tant détestés. L’admettre, c’est reconnaître qu’il a été leur complice. Comme beaucoup de gens de droite, il est conservateur sur le plan sociétal, libéral économiquement dans les frontières nationales, mais protectionniste et souverainiste à l’extérieur.  Accessoirement, le cas de Villiers montre que la droite identitaire n’est pas du tout claire sur les questions économiques. Il n’y a qu’à voir les débats au FN sur la position du parti sur l’euro…

Parler d’une émission comme Vive la Crise !, c’est faire l’histoire d’une défaite idéologique de la gauche, sur les questions sociales et économiques. Une défaite qui en annonce d’autres. À quoi sert la gauche si elle dit la même chose que la droite. Comme le disait hier Pouria Amirshahi lors d’une diffusion de la Web TV du Mouvement Commun, l’enjeu n’est pas l’identité nationale, mais le projet national…

Beyoncé est noire. Ah bon ?

Le Saturday Night Live a réagi à sa manière à la polémique déclenchée par la chanson de Beyoncé à la mi-temps du Super Bowl. Par une vidéo hilarante aux allures de film catastrophe, les comiques de NBC tournent en ridicule ceux qui découvrent avec stupéfaction que Beyoncé n’était pas si indifférente que ça à la question raciale. Une question très sensible aux USA, surtout quand il est question des noirs

Hayange ou le lepenisme municipal

image

Vincent Jarousseau et Valérie Igounet, accompagnés par le rédacteur en chef Patrick de Saint Exupery, ont présenté à Belleville leur reportage-roman-photo pour XXI sur la ville de Hayange, l’une des 12 communes administrées par le FN depuis les municipales de 2014. Pourquoi choisir la forme du roman-photo pour parler du FN et de ses électeurs à Hayange ?  Pour Patrick de Saint Exupery, c’est parce que le sujet ne pouvait pas être traité directement par un simple reportage écrit ou un simple reportage photo. D’où cette forme très originale pour développer un récit qui n’est pas fictif.

image
Vincent Jarousseau, Valérie Igounet et Patrick de Saint Exupery
image
L'objet du délit

Vincent Jarousseau et Valérie Igounet ont insisté plusieurs fois sur le fait que le FN prospérait moins à cause de ses qualités supposées qu’à cause des défaillances de ses adversaires. Le FN a gagné dans des communes où l’équipe sortante était contestée soit pour son bilan, soit pour son intégrité morale, ou bien les deux. Beaucoup d’électeurs leur ont dit « On n’a pas essayé le FN, pourquoi pas eux, pourquoi feraient-ils pire… » Les gens sont tellement dégoûtés par les politiques et leur impuissance qu’ils sont prêts à voter pour ceux qui leur donne l’impression de reprendre leur destin en main, à savoir le FN. De plus ils ont le sentiment que le FN les écoute et est prêt à régler leurs problèmes, même ceux qui paraissent sans grande importance  (les boules des sapins de Noël qui fréquemment volées…)

image
Antoinette Guhl au micro

La conseillère EELV de Paris  (et élue dans le 20e) Antoinette Guhl citait un exemple de la volonté du FN de se présenter comme un parti proche des gens. Sa mère, qui habite encore à Hayange, lui a raconté que Fabien Engelmann avait déclaré que sa voiture de fonction serait mise à disposition des personnes âgées qui souhaitent se rendre à l’hôpital. Plus tard un service de navettes était mis en place.

Par son souci affiché de la proximité, voire en donnant l’impression qu’il s’occupe du bien commun (à travers la lutte contre les incivilités), le FN contraste avec les autres partis, si on se place du point de vue de ses électeurs. Les autres organisations, considérées comme déconnectées de la réalité, sont inaudibles.

Pour ceux qui ne veulent pas être désespérés par l’ascension du FN, je recommande vivement la lecture des articles qui sont avant et après le roman-photo. Le premier sur la rockeuse/poétesse/performeuse/Web entrepreneuse/députée islandaise Birgitta Jónsdottir, le second sur la maire de Madrid Manuela Carmena, ancienne magistrate élue avec le soutien de Podemos et du PSOE qui a battu une cadre historique du PP, Esperanza Aguirre.

BHL, le sophiste déguisé en (nouveau) philosophe

S’il n’y avait qu’un documentaire à voir sur ce personnage, ce serait la vidéo d’Usul. En complément, il y a la page Wikipedia du bonhomme, dont les faits et méfaits dans le monde intellectuel sont nombreux.

En bonus, la chanson de Renaud sur les attentats pâtissiers contre le pompeux cornichon.

Et une analyse 😂 du film que BHL a commis en 1997 avec sa femme et Delon, Le Jour et la Nuit :

Trepalium : le travail rend-il heureux ?

image

Trepalium (1/6) http://www.arte.tv/guide/fr/054813-001-A/trepalium-1-6 @ARTEfr

Une société où 80% de la population est au chômage, et où les 20% restant se tuent au travail. De la science-fiction ?  Pas sûr, quand on regarde la conjoncture économique. Certains vont même jusqu’à prédire une crise pire que celle des subprimes