Le féminisme, ça regarde (aussi) les hommes

La semaine passée avait lieu la journée internationale des droits des femmes. Plusieurs événements ont été organisés, à Belleville comme dans le reste du 20e et le reste de Paris, à cette occasion.

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Le 8 mars, l’association CIP 20 (pour Citoyennes Interculturelles Paris 20e) inaugurait son local au 39 bis rue de Tourtille. La maire d’arrondissement, plusieurs élu(e)s et conseiller(e)s de quartier étaient là. Les fondatrices de l’association ont rappelé les origines de sa création. L’inauguration s’est terminée par un généreux buffet. Si vous cherchez un traiteur à Belleville, je recommande vivement CIP 20.

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Les initiatives comme celles de CIP 20, qui permettent aux femmes issues de l’immigration d’avoir un peu d’autonomie financière et de ne pas vivre dans la précarité, sont à encourager et saluer. Elles sont en tout cas plus pertinentes, de mon point de vue, que celle qui a abouti à l’affichage de ce texte juste en bas de chez moi. La pétition dont il est question est sur Change.org.

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La prostitution est un sujet trop sérieux pour que les auteurs de ce texte se laissent aller à caricaturer les adversaires de la prostitution en partisans de l’ordre moral (voire, comme dans la pétition, à comparer la Mairie de Paris au Régime de Vichy…), ou à attaquer sournoisement une minorité religieuse déjà bien stigmatisée  (« Certains pays musulmans ont leur charia, pourquoi n’aurions-nous pas la nôtre ?« ). J’admets que la frontière entre prohibition et abolition n’est pas si évidente que ça. Mais croire, comme le font les auteurs du texte et de la pétition, que la relation entre le/la prostitué(e) et son/sa client(e) est a priori  égalitaire (cf. les références aux adultes consentants), c’est être soit naïf,  soit aveugle, soit hypocrite. Quand la relation sexuelle est tarifée, la relation est rarement égalitaire. En payant, le/la client(e) obtient un droit d’usage sur le corps du/de la prostitué(e), qui est en situation de dépendance si il ou elle a choisi le métier pour survivre, ce qui est la majorité des cas (tout le monde n’est pas Virginie Despentes…). Et du côté des clients, la question de la dépendance se pose surtout pour les personnes handicapées moteur, ne serait-ce que pour des raisons techniques (les transporter, éviter les mauvais gestes…). Comment éviter l’écueil du proxénétisme, tout en préservant leur droit à une vie privée ? La pétition et l’affiche des opposants à la pénalisation des clients refusent de voir les problématiques posées par la prostitution : dépendance, voire exploitation, rapports inégalitaires entre les personnes… L’outrance verbale des opposants à la pénalisation les décrédibilise. Et citer le couple Badinter ne suffit pas comme caution féministe. Le rapport de Monsieur a servi de caution à la « réforme » du Code du Travail qui, en levant les protections des salariés, fragilise la situation des travailleurs précaires, qui sont majoritairement des femmes. Quant à Madame, elle est la principale actionnaire d’une agence de publicité qui diffuse des publicités sexistes, et ne fait rien contre cela, alors que le cas de Vincent Bolloré à Vivendi montre que le principal actionnaire, même avec moins de 50% du capital, peut faire beaucoup de choses. Qu’elle ne s’étonne pas des accusations de double standard

On a beaucoup parlé des hommes dans ce billet. Et pour cause. Le féminisme c’est aussi une affaire d’hommes. Même quand on est contre, comme l’auteur du massacre de l’École polytechnique de Montréal, qui a laissé une lettre critiquant les féministes,  accusées d’être les ennemis des hommes. Une lettre qui montre bien le caractère politique et antiféministe de son acte, comme le rappelle une universitaire québécoise dans une vidéo sur l’événement.

Pour finir ce billet sur une note plus optimiste, le 11 et 12 mars 2016 avait eu lieu au centre d’animation des Amandiers  (Paris 20ème) le forum Femmes en Actions. Le 12 mars, il y a eu une rencontre-débat sur le thème « Pourquoi pas les hommes ? ». Le but de ce débat ? Montrer que le féminisme ne regarde pas que les femmes. Les hommes sont aussi concernés. Juste avant le débat proprement dit, il y a cette simulation sur les stéréotypes attribués aux hommes. Et ce que la société exige des hommes est parfois lourd à porter, et pas que physiquement…

Le débat qui a suivi a montré que tous les hommes n’étaient pas condamnés à être des Marc Lépine, ou des Eric Zemmour ou des Alain Soral. C’est rassurant…

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La société existe, les sciences sociales aussi

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La pensée de Margaret T en quelques citations

« There is no such thing as society. There are individual men and women, and there are families. » Avec « There is no alternative » (« Il n’y a pas d’alternative »), le fameux TINA, c’est sans doute l’une des citations les plus célèbres de Margaret Thatcher. En septembre 1987, dans une interview au magazine Woman’s Own, la chef de gouvernement conservatrice explique ainsi : « Nous sommes arrivés à une époque où trop d’enfants et de gens (…) rejettent leurs problèmes sur la société. Et qui est la société ? La société n’existe pas. Il y a des individus, hommes et femmes, et des familles. » Et elle enfonce le clou :

And no government can do anything except through people, and people must look to themselves first. It’s our duty to look after ourselves and then, also to look after our neighbour. People have got the entitlements too much in mind, without the obligations. There’s no such thing as entitlement, unless someone has first met an obligation.
(Et aucun gouvernement ne peut agir, si ce n’est à travers les gens, et les gens doivent d’abord s’occuper d’eux-mêmes. Il est de notre devoir de nous occuper de nous et ensuite de nous occuper de notre voisin. Les gens ont trop à l’esprit leurs avantages, sans les obligations concomitantes. Un avantage n’existe pas avant que quelqu’un n’ait rempli une obligation.)

La fin de ce passage est contradictoire avec l’idée selon laquelle il n’y aurait pas de société. Pourquoi parler d’obligations s’il n’y a que des individus égoïstes et isolés qui ne pensent pas à leurs voisins ? Parler d’obligations, c’est parler des devoirs des individus les uns envers les autres, et cela suppose l’absence d’égoïsme, ou le moins d’égoïsme possible, dans les relations entre eux. Donc l’existence de liens qui ne se limitent pas à ceux qui existent dans la cellule familiale. Le cas de Joyce Vincent, une Britannique morte à 38 ans en 2003, et retrouvée dans son appartement… en 2006, soit 3 ans après son décès 😨😨😨, montre l’importance des liens entre les individus, familiaux ou pas…


On a beaucoup parlé des propos de Manuel Valls sur les « excuses sociologiques » que les sciences sociales trouveraient aux terroristes. Cela montre que les sciences sociales dérangent. Pas seulement les politiques, mais aussi la police et la magistrature, voire certaines personnalités dans les médias, comme Philippe Val, qui a déclaré la guerre au « sociologisme » dans son dernier livre, auquel le sociologue Bernard Lahire a apporté une reponse argumentée. Quant à Manuel Valls, il en a rajouté une couche lors du diner du CRIF, le 8 mars. Il y a dit : « l’antisionisme, c’est-à-dire tout simplement le synonyme de l’antisémitisme« . Après son amalgame « expliquer, c’est excuser« , voici son amalgame « antisionisme = antisémitisme ». Que Valls adhère à l’idéologie sioniste, c’est son droit. Mais faire implicitement ou explicitement l’amalgame « sionisme = judaïsme », c’est faire le jeu des antisémites. Les amalgames de Valls sont dangereux, dans tous les sens du terme. Et cette vidéo d’Usul sur les sciences sociales, accusées d’excuser les terroristes, est une réponse à cette pensée simpliste à l’anti-intellectualisme à peine déguisé…


Toujours dans la même démarche d’étude sociologique, il y a cette vidéo sur le concept de Génération Y.

Et je recommande cette vidéo sur Frédéric Lordon, qui montre que l’économie ne doit pas être déconnectée des autres sciences sociales  (histoire,  sociologie et philosophie en particulier).


Enfin, il y a cette vidéo sur les rapports entre le travail, le marché,  le capital et les revenus, avec un focus sur les travaux de Bernard Friot.

Le prince de l’espace à la Sorbonne (Nouvelle)

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Les 18 et 19 aura lieu un colloque sur Goldorak (dont javais parlé dans un mémoire rédigé il y a 10 ans sur le manga et l‘anime en France) à l’université Paris 3 Sorbonne Nouvelle. Le programme des réjouissances est sur cette adresse. Mais il y n’y a plus de places disponibles. Ceux qui veulent accéder à la captation vidéo du colloque auront plus de chances sur ce lien.

Un dessin animé vieux de 40 ans (ou une bande dessinée) est un sujet d’étude universitaire aussi légitime qu’une série télévisée ou un film en prise de vues réelles. Si tous les intervenants du colloque ne sont pas universitaires, la majorité d’entre eux peut etre créditée de travaux sérieux (c’est-à-dire pas juste un plaidoyer de fan) sur le manga et la japanimation. Par exemple, on peut citer la co-organisatrice du colloque, Marie Pruvost-Delaspre, qui a soutenu une thèse sur les dessins animés de la Tôei dans les années 1950, 1960 et 1970, ou  Ariane Beldi, qui s’est surtout intéressée au marché de la vidéo  (on peut trouver un résumé de sa thèse sur son blog, ainsi qu’une pas si brève histoire de l’industrie de l’animation). La première dirige un ouvrage auquel contribue la seconde et d’autres participants au colloque sur l’animation japonaise en France. Il vient juste de sortir.

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En France et Italie, Goldorak a suscité des polémiques sur sa violence, voire son fascisme, et sa mauvaise influence supposée sur les jeunes. En France, on a souvent cité À cinq ans, seul avec Goldorak (1981) de Liliane Lurçat comme un des exemples de livres condensant tous les clichés négatifs sur les anime. Le livre, il est vrai, est moins sévère que sa réputation ne le laisse penser. Mais il ne faut pas oublier que le robot cornu est un prétexte pour soutenir le combat de l’auteure contre la télévision, et d’une manière générale, contre les écrans. Ce combat est lié à un autre combat, sur les méthodes pédagogiques, comme l’écriture, car Liliane Lurçat est membre du collectif Sauver les lettres. Un combat que des personnages peu sympathiques se sont empressés de récupérer

Pour terminer ce billet sur une note plus joyeuse, je rappelle quun reboot de la série, Grendizer Giga, est sorti, dabord en manga, puis en anime. Le look de certains personnages surprendra plus d’un(e)…

Jaurès, la République et le socialisme

Le 29 février à l’Assemblée nationale, dans le cadre des formations de la motion B, Rémi Lefebvre (qui est aussi mandataire de la motion B dans le Nord) fait une communication très intéressante sur Jean Jaurès et son rapport à la République et au socialisme.

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L'assistance très studieuse

Juste avant son intervention, j’ai fait une introduction de 5 minutes sur la nécessité sa présence. Les événements des dernieres annees et des derniers mois ont sérieusement remis en question l’engagement de beaucoup de militants. La politique du gouvernement, les attentats de 2015 (qui ont débouché sur l’état d’urgence), le fonctionnement et le rôle du PS (le congrès de Poitiers a-t-il apporté une réponse ? ), les échecs électoraux, ou bien la construction européenne ont constitué de sérieux motifs d’interrogation. Certains, qu’ils soient élus ou simples militants, ont tiré comme conclusion qu’il fallait quitter le PS.

Personnellement, il y a eu des actions, des déclarations, qui m’ont sérieusement interpellé, voire choqué, en tant que militant. Ces paroles et ces actes posent la question de l’écart entre l’idéal et le possible dans l’action politique.

Toute sa vie, Jean Jaurès s’est posé cette question. Dans son engagement, la République et le socialisme sont étroitement liés.  C’est après avoir été élu député républicain en 1885 que Jaurès est devenu socialiste. Et c’est parce qu’il considérait que la République était le meilleur cadre pour le socialisme qu’il est resté républicain. Il est bon de rappeler cette synthèse entre l’aspiration révolutionnaire socialiste et la tradition républicaine. Surtout quand le Premier ministre actuel est un homme qui, tout en se réclamant de Clemenceau, a proposé à de nombreuses reprises (en 2009 et en 2014 par exemple) que le PS change de nom parce que le socialisme est un mot du XIXe siècle…

J’ai terminé en rappelant que pour beaucoup de gens, le clivage gauche-droite était au mieux une abstraction, au pire une illusion, et que l’extrême droite, les soraliens et les lepenistes en particulier, profitaient de cette confusion pour avancer leurs pions, plus ou moins masqués.

Résumer la riche contribution de Rémi Lefebvre serait impossible. Je me limiterai à citer les points qui ont le plus attiré mon attention :
– le soucis de l’humanisme. Jaurès n’a jamais séparé l’humanisme. S’il reprend à son compte la critique du capitalisme par le socialisme, c’est parce qu’il est convaincu de la nature anti-humaniste du système capitaliste. Et c’est parce qu’il a été progressivement convaincu que les droits du capitaine Dreyfus en tant qu’être humain (avoir droit à un procès régulier) ont été bafoués qu’il devient dreyfusard ;
– l’appropriation particulière du marxisme. Grâce à Eduard Bernstein, Jaurès a pu des textes de Marx qui étaient inédits en France à la fin du XIXe siècle. Si Jaurès considère comme pertinents les concepts de lutte des classes (dédicace à Fleur Pellerin et Jérôme Cahuzac…) et de valeur ajoutée, il est, contrairement à Marx, partisan du gradualisme. Et sur la question des élections, Jaurès les voient comme un moyen de la conquête du pouvoir, alors que Marx les voient dans le meilleur des cas comme un outil de propagande pour les socialistes, au pire comme le paravent de la démocratie formelle. Les guédistes et aujourd’hui une partie des trotskystes  (LO surtout) sont sur la même ligne que Marx ;
– la question de l’internationalisme et du pacifisme. Malgré, ou à cause de son pacifisme, Jaurès s’est beaucoup intéressé aux questions militaires. Dans L’Armée nouvelle (1910), il défendait l’idée d’une armée non professionnelle, composée de milices ouvrières avec des officiers élus, pour éviter que l’armée soit une caste coupée de la société. Et malgré ou à cause de l’internationalisme, Jaurès a toujours été attachés aux idées de patrie et de nation. L’idee de nation a tout au long du XIXe siècle une idée de gauche, et  l’extrême droite se l’est progressivement appropriée à partir de la fin du XIXe siècle. Je ne prends pas de risque en disant que sa vision des choses n’a rien à voir avec celle des lepenistes et soraliens…

Pour ceux qui voudraient lire une bonne biographie de Jaurès, Rémi Lefebvre recommande le livre de Gilles Candar et Vincent Duclert, le meilleur existant.

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La bio ultime...

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Le FN, « premier parti de France » ?

Le FN est-il vraiment le premier parti chez les ouvriers et les jeunes ? A t-il atteint un plafond ? Est-il aux portes du pouvoir ? Mediapart fait du fact checking sur le sujet.

Avec Yves Montand, positive la crise !

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Le supplément de Libération

Il y a 8 ans, j’avais rédigé un mémoire en histoire sur cette émission diffusée le 22 février 1984 sur Antenne 2.
https://drive.google.com/file/d/0BxRM9MB3qjAvaXlKdjh0QmNBUmc/view?usp=docslist_api

Jamais en France une émission de télévision n’a eu une telle influence aussi longtemps après sa diffusion. Éloge sans nuances de la libre entreprise et du marché sans entraves, dénigrement systématique de l’action socio-économique de l’État, pédagogie de la soumission à la loi du marché à destination des salariés qui seraient tentés de défendre leurs droits, conversion d’une partie de la gauche aux idées néo libérales… 32 ans après,  ces idées là sont encore dominantes dans les médias et la classe politique. Pour de magnifiques résultats, dont la liste est (beaucoup trop) longue…

Pour celles et ceux qui ne liront pas (pour X raisons) les quelques 300 pages de ce mémoire, il y a plein d’articles ou de billets de blog sur le sujet. Entre Regards, Slate, Télérama, le Blog de Nico ou celui de Sylvain Rakotoarison, il y a de quoi se faire une idée de ce qu’était l’émission pour ceux qui ne l’ont pas vu ou en ont un vague souvenir. On peut aussi écouter l’émission de Là-bas si j’y suis sur le sujet en complément.

Il est intéressant de lire ce que Philippe de Villiers écrit sur son passage dans Vive la Crise ! (extraits ici). Il présente les créateurs de l’émission comme les promoteurs d’un « évangile européiste et mondialiste« . Il oublie de dire que feu Michel Albert (qui a eu l’idée de le recruter) ne lui avait pas collé un pistolet sur la tempe pour avoir sa participation. S’il a participé volontairement, c’est parce qu’il croyait au moins en partie au message de l’émission, la défense de la libre entreprise, entre autres. Le vicomte ne veut pas admettre qu’il a ce point commun avec les européistes tant détestés. L’admettre, c’est reconnaître qu’il a été leur complice. Comme beaucoup de gens de droite, il est conservateur sur le plan sociétal, libéral économiquement dans les frontières nationales, mais protectionniste et souverainiste à l’extérieur.  Accessoirement, le cas de Villiers montre que la droite identitaire n’est pas du tout claire sur les questions économiques. Il n’y a qu’à voir les débats au FN sur la position du parti sur l’euro…

Parler d’une émission comme Vive la Crise !, c’est faire l’histoire d’une défaite idéologique de la gauche, sur les questions sociales et économiques. Une défaite qui en annonce d’autres. À quoi sert la gauche si elle dit la même chose que la droite. Comme le disait hier Pouria Amirshahi lors d’une diffusion de la Web TV du Mouvement Commun, l’enjeu n’est pas l’identité nationale, mais le projet national…

Beyoncé est noire. Ah bon ?

Le Saturday Night Live a réagi à sa manière à la polémique déclenchée par la chanson de Beyoncé à la mi-temps du Super Bowl. Par une vidéo hilarante aux allures de film catastrophe, les comiques de NBC tournent en ridicule ceux qui découvrent avec stupéfaction que Beyoncé n’était pas si indifférente que ça à la question raciale. Une question très sensible aux USA, surtout quand il est question des noirs

Hayange ou le lepenisme municipal

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Vincent Jarousseau et Valérie Igounet, accompagnés par le rédacteur en chef Patrick de Saint Exupery, ont présenté à Belleville leur reportage-roman-photo pour XXI sur la ville de Hayange, l’une des 12 communes administrées par le FN depuis les municipales de 2014. Pourquoi choisir la forme du roman-photo pour parler du FN et de ses électeurs à Hayange ?  Pour Patrick de Saint Exupery, c’est parce que le sujet ne pouvait pas être traité directement par un simple reportage écrit ou un simple reportage photo. D’où cette forme très originale pour développer un récit qui n’est pas fictif.

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Vincent Jarousseau, Valérie Igounet et Patrick de Saint Exupery
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L'objet du délit

Vincent Jarousseau et Valérie Igounet ont insisté plusieurs fois sur le fait que le FN prospérait moins à cause de ses qualités supposées qu’à cause des défaillances de ses adversaires. Le FN a gagné dans des communes où l’équipe sortante était contestée soit pour son bilan, soit pour son intégrité morale, ou bien les deux. Beaucoup d’électeurs leur ont dit « On n’a pas essayé le FN, pourquoi pas eux, pourquoi feraient-ils pire… » Les gens sont tellement dégoûtés par les politiques et leur impuissance qu’ils sont prêts à voter pour ceux qui leur donne l’impression de reprendre leur destin en main, à savoir le FN. De plus ils ont le sentiment que le FN les écoute et est prêt à régler leurs problèmes, même ceux qui paraissent sans grande importance  (les boules des sapins de Noël qui fréquemment volées…)

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Antoinette Guhl au micro

La conseillère EELV de Paris  (et élue dans le 20e) Antoinette Guhl citait un exemple de la volonté du FN de se présenter comme un parti proche des gens. Sa mère, qui habite encore à Hayange, lui a raconté que Fabien Engelmann avait déclaré que sa voiture de fonction serait mise à disposition des personnes âgées qui souhaitent se rendre à l’hôpital. Plus tard un service de navettes était mis en place.

Par son souci affiché de la proximité, voire en donnant l’impression qu’il s’occupe du bien commun (à travers la lutte contre les incivilités), le FN contraste avec les autres partis, si on se place du point de vue de ses électeurs. Les autres organisations, considérées comme déconnectées de la réalité, sont inaudibles.

Pour ceux qui ne veulent pas être désespérés par l’ascension du FN, je recommande vivement la lecture des articles qui sont avant et après le roman-photo. Le premier sur la rockeuse/poétesse/performeuse/Web entrepreneuse/députée islandaise Birgitta Jónsdottir, le second sur la maire de Madrid Manuela Carmena, ancienne magistrate élue avec le soutien de Podemos et du PSOE qui a battu une cadre historique du PP, Esperanza Aguirre.